Blason de la famille : d'azur au chevron d'or accompagné de trois étoiles d'argent
Noblesse de Bourgogne

Famille Bernard de Montessus

Une famille subsistante de la noblesse française, du XIVe siècle à nos jours
Deus providebitDieu y pourvoira

Bienvenue dans la famille Bernard de Montessus. Un clan de sept siècles : les forestiers des ducs de Bourgogne, les capitaines et les gouverneurs, les savants qui écoutèrent trembler la terre, et les cent cinquante-cinq d'aujourd'hui, de la Normandie au Chili. Ce site rassemble ce que le livre de famille a patiemment recueilli : entrez, feuilletez, et retrouvez les vôtres.

La famille de Montessus

Ce site, comme le livre de famille dont il est tiré, doit tout à Jean de Montessus. Par ses recherches patientes, il a fait revivre notre famille à travers les siècles, retrouvé nos aïeux jusqu'au fond du Moyen Âge et rassemblé la mémoire de tous les nôtres. Nous lui en sommes reconnaissants.

250
Montessus depuis le premier
53
Montessus de Ballore vivants
155
membres au classement
40
fiefs cartographiés

Depuis Hugues Bernard, premier « de Montessus » en 1487, l'arbre familial recense environ 250 porteurs du nom. Dans la seule descendance d'André et Claude, 53 le portent aujourd'hui vivants ; les branches de Jacques et de Rully en comptent quelques autres.

Paroles de famille

Trois phrases qui traversent les siècles

« Pour ses bons et notables services et parce qu'il est extrait de bonne et notable génération. »

Lettres d'anoblissement de Jacques Bernard par Charles le Téméraire, 1470

« C'est en France que naquit le militaire, et au San Salvador le scientifique. »

Sur Fernand, le sismologue — allocution du centenaire, Santiago du Chili, 2023

« La Normandie a toujours été notre port d'attache. »

Les sept frères et sœurs, lettre d'adieu à Marc, 2023

Origines

Des maîtres forestiers des ducs de Bourgogne à la seigneurie de Montessus

La famille Bernard de Montessus est originaire de Montcenis, en Saône-et-Loire, au cœur de l'ancien duché de Bourgogne. Dès le XIVe siècle, des Bernard sont employés comme maîtres forestiers de la châtellenie de Montessus, dans la gruerie des ducs de Bourgogne.

La filiation continue de la famille est établie depuis Jacques Bernard, en 1463. La famille est anoblie en 1470 par Charles le Téméraire, et en 1732 elle apporte les preuves d'une noblesse remontant à 1487 — année où Hugues Bernard épouse Léonarde Sarrazin, héritière de la seigneurie de Montessus, dont la famille reprend le nom.

Admise aux honneurs de la cour, la famille reçoit le titre de comte en 1818. Elle figure aujourd'hui parmi les familles subsistantes de la noblesse française, avec des membres documentés jusqu'au XXIe siècle.

Pourquoi « Bernard » ?

L'origine du double nom

Bernard est le patronyme d'origine de la famille : « on trouve des Bernart, ou Bernard, ou de Bernard à Montcenis », note le livre de famille — un nom hérité, comme souvent au Moyen Âge, du prénom d'un aïeul. Ce prénom germanique, Bernhard — de bern, « ours », et hard, « fort, hardi » : « fort comme un ours » —, était particulièrement répandu dans la Bourgogne médiévale, terre de saint Bernard de Clairvaux.

« de Montessus » n'est venu qu'ensuite : c'est un nom de terre, accolé au patronyme après le mariage d'Hugues Bernard avec Léonarde Sarrazin, héritière de la seigneurie de Montessus (1487). C'est d'ailleurs bien « Jacques Bernard » que Charles le Téméraire anoblit en 1470, dix-sept ans avant que Montessus n'entre dans la famille. La branche cadette ajoutera de même « de Ballore » après l'achat de cette seigneurie en 1581 — d'où le nom complet porté aujourd'hui : Bernard de Montessus de Ballore.

Armoiries

Le blason des Bernard de Montessus
« D'azur au chevron d'or accompagné de trois étoiles d'argent »

Le champ d'azur est chargé d'un chevron d'or accompagné de trois étoiles d'argent, deux en chef et une en pointe — parfois trois étoiles d'or — et l'écu est timbré d'une couronne de comte. Les armes primitives portaient, à la place des étoiles, « trois molettes d'éperons » d'or. La famille a porté, selon les branches et les époques, les titres de comte de Rully, de Servignat, de Ballore et de Culêtre, de baron de Bellevêvre, et de seigneur de Brandon, de Montessus et de nombreuses autres terres.

« Aut in Illo, aut cum Illo »
Ou en Lui, ou avec Lui — devise ancienne de la maison
« Deus providebit »
Dieu y pourvoira — devise adoptée depuis la Révolution

Titres & transmission

Comte, vicomte, baron — ce que portent les Montessus, et pourquoi « vicomte » est le plus répandu

Dans la hiérarchie de la noblesse française, les titres se rangent ainsi, du plus haut au plus modeste : prince, duc, marquis, comte, vicomte, baron, puis chevalier et écuyer. La famille les a presque tous portés au fil des siècles : marquis et comte de Rully, comte de Servignat, comte de Ballore, vicomte de Lunes, baron de Bellevêvre et baron de Vitrey. Aujourd'hui, c'est le titre de vicomte que l'on rencontre le plus souvent chez les Montessus vivants — et cela s'explique.

Prince · Duc Marquis Comte Vicomte Baron Écuyer · Chevalier les plus rares les plus nombreux le plus porté chez les Montessus
Couronne de duc

Duc

Le plus rare

Le sommet de la noblesse titrée, juste sous les princes du sang. À peine quelques dizaines de familles ducales dans toute l'histoire de France. La famille n'a jamais porté ce titre.

Couronne de marquis

Marquis

Assez rare, mais recherché

À l'origine, le seigneur d'une « marche », une province-frontière à défendre. Au XVIIIe siècle, le titre fut si convoité que beaucoup se l'attribuèrent sans droit — d'où le proverbial « marquis de Carabas ». Charles-François fut marquis de Rully.

Couronne de comte

Comte

Répandu dans la vieille noblesse

L'un des plus anciens titres, hérité du comes romain, compagnon de l'empereur. Nombreux dès le Moyen Âge. C'est le titre principal de la famille depuis 1818, porté par le chef de nom et d'armes.

Couronne de vicomte

Vicomte

Le plus répandu chez les Montessus

Rare comme véritable fief (la vicomté de Lunes en fut un), mais très fréquent comme titre de courtoisie : les cadets d'une maison de comtes se disent vicomtes. Comme les cadets sont nombreux, c'est le titre le plus porté par les Montessus vivants.

Couronne de baron

Baron

Le plus commun des titres

Le premier échelon de la noblesse titrée, le plus ancien et le plus nombreux. La famille fut baron de Bellevêvre et baron de Vitrey.

Couronne de chevalier

Écuyer & chevalier

La grande majorité des nobles

Ce ne sont pas des titres, mais les qualifications de la noblesse non titrée — l'immense majorité des familles nobles n'ont jamais porté d'autre titre. Les premiers Bernard étaient « écuyers », puis chevaliers de l'Ordre du Roi.

Couronnes héraldiques : dessins d'Eusebius et Nonolapero, Wikimedia Commons (CC BY / CC BY-SA).

Autrefois

Le titre était attaché à la terre

Sous l'Ancien Régime, on n'était pas comte « en soi » : on était comte d'une terre. Le titre tenait au fief — un comté, une vicomté, une baronnie — et se transmettait avec lui. Qui achetait ou héritait la seigneurie de Ballore ou de Rully en prenait le titre ; c'est ainsi que Melchior, acquéreur de la vicomté de Lunes, fut « vicomte de Lunes », et que la terre de Ballore fit des « comtes de Ballore ». Le titre suivait la pierre, non le sang.

Depuis 1815

Le titre devient personnel et héréditaire

Tout change avec la Révolution et le XIXe siècle : le titre se détache de la terre pour devenir un honneur personnel, héréditaire par les mâles et par ordre de primogéniture. En 1815, Patrice de Montessus est fait pair de France héréditaire, et la famille reçoit le titre de comte confirmé en 1818. Dès lors, la règle est simple : le titre principal — comte — passe de l'aîné à l'aîné, de génération en génération. À chaque époque, un seul chef de famille porte pleinement le titre de comte de Montessus.

L'usage

Pourquoi tant de vicomtes ?

Si le titre de comte ne revient qu'à l'aîné, que portent les autres fils ? Rien, en droit strict. Mais l'usage de la noblesse, aux XIXe et XXe siècles, a voulu que les cadets et l'ensemble des membres d'une maison titrée prennent un titre de courtoisie inférieur d'un rang : l'aîné reste comte, ses frères deviennent vicomtes. Comme une famille compte, à chaque génération, bien plus de cadets que d'aînés, le vicomte est mécaniquement le titre le plus répandu. C'est pour cela que Robert le mathématicien, André, Marc ou Jean sont dits « vicomte de Montessus de Ballore » : non par une création de titre, mais par cette courtoisie familiale qui donne à chacun son rang.

Histoire

Le vicomte : à l'origine, le bras droit du comte

Le mot dit tout : vicomte vient du latin vicecomes — « vice », à la place de, et « comes », le comte. À l'époque carolingienne, le vicomte n'était pas un noble mais un officier : le lieutenant du comte, chargé d'administrer le comté, de rendre la justice et parfois de le défendre quand le comte était absent. Au Xe siècle, ces lieutenants devinrent si puissants que les comtes, pour se prémunir, leur cédèrent une part du comté en fief : le vicomte cessa alors d'être un fonctionnaire pour devenir seigneur à son tour, et sa charge, devenue héréditaire, se figea en titre. De délégué du comte, il était devenu le rang qui, aujourd'hui encore, se tient juste au-dessous de lui.

Une lignée royale — de Charlemagne à Saint Louis

Ce que les deux volumes du livre de famille documentent en remontant les alliances

Par le jeu des alliances — Buffot de Millery, du Bois de Marcilly, Courtenay, Bourbon —, le livre de famille fait remonter l'ascendance jusqu'aux dynasties souveraines. Le volume 2 gravit les générations XXIV à XXXIV et atteint les Carolingiens : l'ancêtre le plus ancien nommé est Pépin le Bref (715-768), roi des Francs — « qui doit son surnom à sa petite taille » —, père de Charlemagne, sacré empereur d'Occident en 800, époux de sainte Hildegarde de Vintzgau ; puis Louis le Pieux et Charles le Chauve.

Suit la chaîne capétienne complète : Hugues Capet, Robert II le Pieux, Henri Ier et son épouse Anne de Kiev, Philippe Ier, Louis VI le Gros, Louis VII — premier époux d'Aliénor d'Aquitaine —, Philippe Auguste, Louis VIII et Blanche de Castille, jusqu'à Saint Louis, mort devant Tunis en 1270 et canonisé en 1297, puis Philippe III le Hardi et Charles de Valois, souche des Valois. S'y greffent les Plantagenêt (par Aliénor, fille d'Henri II d'Angleterre), les rois de Castille et León (Alphonse VIII le Noble, roi à trois ans et vainqueur de Las Navas de Tolosa ; Ferdinand III le Saint), Pierre II de Courtenay, empereur latin de Constantinople, les Rurikides de Kiev et les Welfs de Bavière.

Saint Louis, enluminure
Saint Louis (1214-1270), ancêtre documenté du livre
Alphonse VIII de Castille
Alphonse VIII de Castille, époux d'Aliénor Plantagenêt
Hugues le Grand de Vermandois
Hugues le Grand, chef de la première croisade, mort à Tarse (1102)
Veuf en 818, Louis le Pieux convoque « toutes les filles à marier de l'aristocratie carolingienne » et choisit Judith d'Altdorf, que tous les contemporains appellent pulcherrima, « la très belle » — sa toilette d'or et de pierreries pesait plus de trois livres.Livre de famille, vol. 2, page 756

Autour d'eux, un cortège de grandes figures : Jean de Vienne, amiral de France, tombé à la croisade de Nicopolis en 1396 ; Georges de La Trémoïlle, grand chambellan de Charles VII ; des chevaliers de la Toison d'Or (Neufchâtel, Croÿ, Vergy) ; Jean IV d'Aumont, tué à Azincourt à 23 ans ; les Buade, dont sont issus les Frontenac de Nouvelle-France ; et jusqu'à Fernando de Castro, capitaine à la prise de Ceuta, gouverneur de la maison d'Henri le Navigateur. Le livre range aussi parmi les cousinages l'ascendance du maréchal de Mac-Mahon.

Une hécatombe familiale à Nicopolis (28 septembre 1396) : Jean de Vienne, Jacques et Guillaume de Vergy, Jean de Blaisy, Guy de La Trémoïlle — prisonnier, mort à Rhodes de ses blessures — figurent tous parmi les ancêtres ou alliés tombés face à Bayezid Ier.Livre de famille, pages 555-638

Comme toujours en généalogie médiévale, les filiations antérieures à 1450 reposent sur des sources reconstituées (Roglo, Europäische Stammtafeln) et sont à prendre avec la prudence d'usage.

Chronique de la maison

Sept siècles d'histoire, d'après le livre de famille (2026) établi sur l'arbre de Jean de Montessus
XIVe–XVe

Les forestiers des ducs de Bourgogne

La lignée documentée s'ouvre sur Philibert Bernard (1341-1405), « messire et chevalier — ce qui suppose une ancienne noblesse », et sur Henri Bernard, lieutenant du bailli d'Autun et maître forestier de Montcenis, mort centenaire en 1408. Son successeur Pierre Bernard, maître forestier de la châtellenie de Montcenis (1406-1427), touche « cent sols tournois pour gage du premier semestre ». Jacques Bernard (1420-1494), procureur du duc de Bourgogne, est anobli en 1470 par Charles le Téméraire.

« Pour ses bons et notables services et parce qu'il est extrait de bonne et notable génération. »Lettres d'anoblissement de Jacques Bernard, 1470

Le 5 juin 1487, son fils Hugues épouse Léonarde Sarrazin, qui « lui apporta Montessus par contrat de mariage » — maisons, terres et « justice et juridiction haute, moyenne et basse ». Le nom était fait.

XVIe

Au service des rois

Hugues Bernard meurt à 89 ans et est inhumé en l'église de Montcenis « devant l'autel de Saint-Laurent », là où « tous ses prédécesseurs avaient voulu mourir ». Son fils Pierre (1490-1564) commande cinquante lances pour Louis XII. Philibert (1540-1591) devient gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roi et premier panetier du roi de Navarre, le futur Henri IV. En 1575, Henri III nomme Melchior gouverneur de la citadelle de Chalon-sur-Saône — ses armes s'y voyaient « au-dessus de celles du roi » — et celui-ci achète en 1581 la seigneurie de Ballore au comte de Charny.

XVIIe

Le Grand Siècle, entre gloire et tragédies

Le siècle est payé au prix du sang : Jacques de Montessus est tué au siège de Privas en 1629, un an après La Rochelle ; Philibert, gouverneur de Beaune, tombe au siège de Montmélian en 1630 ; la peste emporte la dame de Rully en 1629 ; et la terre de Soirans est brûlée en 1636 par les armées impériales pendant la guerre de Trente Ans, tandis qu'André de Montessus défend la place de Pagny. Melchior II, gentilhomme de la chambre du Roi et gouverneur de Beaune, y établit une fonderie de canons (1637). C'est aussi le siècle du mariage de Guy de Montessus avec l'héritière de Rully (1617), et d'une légende restée fameuse :

« Une légende disait qu'au château de Brandon était caché un trésor enfoncé sous terre depuis une occupation des Anglais… » — Charles de Montessus fit venir un curé adonné à la magie pour le découvrir ; les conjurations restèrent vaines et l'abbé, « convaincu de magie », fut condamné en 1627.Livre de famille, page 270
XVIIIe

Les Lumières — et un tour du monde

Paul Henri (1681-1742), page de la Petite Écurie du Roi, avait fait quatre campagnes à seize ans ; ses preuves de noblesse sont vérifiées par d'Hozier en 1732. La famille s'allie aussi aux Commerson : Philibert Commerson (1727-1773), médecin et botaniste du Roi, embarque en 1767 avec Bougainville pour le tour du monde. On lui doit le nom de la bougainvillée, l'hortensia, le dauphin de Commerson — et sa servante Jeanne Barret, déguisée en valet, fut la première femme à faire le tour du monde. En 1789, Jean-Baptiste de Montessus (1720-1808), maire de Charolles, préside l'assemblée de la noblesse du Charolais.

1789–1815

Révolution et Empire

La Révolution disperse la famille : Philippe Charles (1764-1831) émigre en Prusse, Jean-Baptiste est détenu à Charolles. Dans les lignées alliées, le général Dagobert meurt aux armées en 1794 — si pauvre « que les officiers se cotisèrent pour payer les frais de ses funérailles » — et son nom est inscrit sous l'Arc de Triomphe ; Bandy de Nalèche est fait baron d'Empire (1812) ; Lazare Lafouge, revenu de la campagne de Russie, devient capitaine des gardes du corps de Louis XVIII.

XIXe

Notables et savants

Ferdinand (1791-1845) est maire de Ballore pendant 33 ans. Charles Géry, conseiller d'État, est préfet d'Alger (1858), de l'Ardèche et de la Corse. Henry de Montessus, papetier, passe pour « l'un des protagonistes des Illusions perdues de Balzac ». Et la branche de Ballore donne ses trois savants — Ferdinand l'ornithologue, Fernand le sismologue, Robert le mathématicien (voir Personnalités).

XXe

Les épreuves du siècle

En 1915, Alain Hayaux du Tilly, vingt ans, tombe aux Dardanelles « d'une balle en plein cœur en entraînant sa section » — Légion d'honneur posthume. André de Montessus (1912-1977), ingénieur Supélec, prisonnier de guerre, participe après-guerre à la création de la SOFRERAIL, l'export du savoir-faire ferroviaire français ; il épouse en 1946 à Meuvaines Claude Hayaux du Tilly (1924-2021), qui s'éteindra à 96 ans, laissant 7 enfants, 28 petits-enfants et 71 arrière-petits-enfants — la famille du classement. Leur fils Robert (1948-1982), ingénieur chez Framatome sur la centrale de Koeberg en Afrique du Sud, meurt à 34 ans dans un accident près de Windhoek, en Namibie. On retient aussi Suzanne de Malliard (1900-1985), première femme Dragon de France.

1939–1945

Dans la Seconde Guerre mondiale

La guerre marque la famille au fer. Capturé le 23 juin 1940 à Thorey-Lyautey (matricule 15104), le sous-lieutenant André de Montessus passe cinq ans à l'Oflag XVII-A d'Edelbach, en Autriche — « la petite Sibérie », six mille officiers, le camp du record d'évasion collective (132 hommes) et du film clandestin Sous le manteau. Il y donne des cours de mathématiques, fait du théâtre, fabrique des postes à galène clandestins pour écouter les nouvelles qu'il recopie « sur des petits papiers »… et creuse avec ses camarades un tunnel d'évasion qui ne servira jamais : la libération arriva avant. Sa mère, presque aveugle, note dans son journal en 1942 : « il travaille beaucoup pour se distraire, mais il n'a pas de quoi manger ». Son frère aîné Jacques est prisonnier lui aussi — et c'est là que tout se noue : son camarade de captivité Louis de Buyer lui confie « qu'il a une nièce à Paris », Claude Hayaux du Tilly. Dans la belle-famille, Alain Hayaux du Tilly (1921-1947), frère de Claude, sert comme pilote de bombardier ; il meurt en service en 1947, aux commandes de son avion, écrasé sur un massif forestier du Jura. Son oncle Jacques Hayaux du Tilly disparaît en 1944.

La guerre passe aussi, littéralement, sur les terres familiales : Ver-sur-Mer, Meuvaines et Asnelles bordent Gold Beach, l'une des plages du Débarquement du 6 juin 1944 — la maison des Mésanges donne sur la rue de la Libération. Quand André et Claude s'y marient en juillet 1946, la côte sort à peine de la guerre. L'histoire familiale n'élude pas ses ombres : le livre note enfin que François Hayaux du Tilly, colonel de cavalerie et père de Claude, fut « délégué du Commissariat général aux questions juives en Tunisie en 1941 », une administration du régime de Vichy.

Les deux branches

Rully et Ballore, deux rameaux subsistants issus de la même souche

Branche aînée — de Rully

Depuis 1617

La branche aînée s'établit à Rully par le mariage, en 1617, de Guy de Montessus avec Antoinette de Tintry, petite-fille de Charles de Saint-Léger, qui apporte le château de Rully.

Pendant 320 ans, les Montessus veillent sur le domaine et l'améliorent considérablement. La branche donne notamment Patrice de Montessus de Rully, député en 1789, lieutenant général et pair de France.

Branche cadette — de Ballore

Établie à Ballore (Charolais)

La branche cadette, fixée sur la terre de Ballore en Saône-et-Loire, s'illustre de façon remarquable dans les sciences du XVIIIe au XXe siècle.

Elle donne trois savants de renom : Ferdinand, médecin et ornithologue ; Fernand, pionnier mondial de la sismologie ; et Robert, mathématicien auquel on doit un théorème classique sur les approximants de Padé.

Détail savoureux que révèlent les livres : divisées en 1564 à la mort de Pierre, les deux branches se sont réunies en 1706, quand Paul Henri de Montessus, marquis de Rully (1681-1742), épousa sa cousine Marie Charlotte de Bernard de Montessus (1684-1764), héritière du rameau de Ballore et Bellevesvre. Leur fils Jean-Baptiste, comte de Ballore et baron de Rully, est l'ancêtre direct de toute la famille actuelle — qui descend donc des deux branches à la fois, comme le montre l'arbre.

Et un rebondissement en 1830 : la vieille branche de Rully s'éteint avec Patrice, pair de France, qui désigne pour légataire universel « des droits, des biens et du nom de Rully » l'aîné de ses cousins Ballore. Les « Montessus de Rully » d'après 1830 — dont Édith, qui transmit le château aux Ternay en 1927 — sont donc, par le sang, des Ballore substitués. Les deux branches d'aujourd'hui sont deux rameaux d'un même tronc, partagés en 1830 entre deux frères.

Châteaux et terres

Un patrimoine bourguignon transmis depuis huit siècles
Le château de Rully, en Saône-et-Loire
Le château de Rully, sur la côte chalonnaise — 320 ans dans la famille de Montessus, transmis sur 26 générations.

Château de Rully

Côte chalonnaise · donjon de 1194

Élevé par Hugues de Rully au retour de croisade, le château passe aux Saint-Léger vers 1370, puis aux Montessus en 1617. En 1927, Édith de Montessus, aînée de cinq filles, épouse Jacques d'Aviau de Ternay : leur petit-fils Raoul de Ternay tient aujourd'hui le château et son domaine viticole — une transmission familiale ininterrompue sur 26 générations.

Le château de Brandon, à Saint-Pierre-de-Varennes

Château de Brandon

Saint-Pierre-de-Varennes · forteresse du duché

Bâti sur un camp gallo-romain, Brandon veilla sur le duché de Bourgogne jusqu'à la fin du XVe siècle ; Hugues Bernard l'acquiert en 1528. La famille a aussi possédé les terres de Servignat, Culêtre et Bellevêvre, qui figurent dans ses titres de comte et de baron.

Le château de Montessus

Château de Montessus

Près de Montcenis · berceau éponyme

La maison forte de Montessus, dont Hugues Bernard reprend le nom en 1487 par son mariage avec l'héritière Léonarde Sarrazin, est le berceau de la famille. Depuis 2019, une association, « Les Amis du site de Montessus », y veille à la conservation du monument.

Le château de Ballore

Château de Ballore

Charolais · siège de la branche cadette

Achetée en 1581 par Melchior de Montessus au comte de Charny, la terre de Ballore donne son nom à la branche cadette, celle des trois savants. Ferdinand en fut maire pendant 33 ans — et le château est resté dans la famille : le chef de la branche aînée l'habitait encore en 1992.

La façade des Mésanges à Ver-sur-Mer, sous la neige

Ver-sur-Mer et Meuvaines

Calvados · le port d'attache normand

Depuis André et Claude, la Normandie est le cœur battant de la famille : la maison des « Mésanges » à Ver-sur-Mer (ci-dessus, un petit-enfant devant la façade un matin de neige), l'église Saint-Martin où reposent plusieurs des leurs, et le manoir Saint-Paul de Meuvaines, berceau des Hayaux du Tilly, où André et Claude se marièrent en 1946. « La Normandie a toujours été notre port d'attache », écrivaient les sept en 2023.

Comment des Bourguignons sont devenus Normands

1840 – 1946 · une arrivée par les femmes, en quatre mariages

Tout commence en 1840, quand Théodore Labbey, médecin à Bayeux, achète « une chaumière à Asnelles » : il assainit le marais, propage la mode des bains de mer, devient maire et fait bâtir digue, villas et château — Asnelles devient une station balnéaire. En 1855, sa fille Blanche épouse Louis Le Monnier de Gouville, d'une lignée de magistrats de Saint-Lô et Coutances alliée aux armateurs-corsaires Couraye du Parc de Granville. En 1886, leur fille Jeanne épouse le futur général Hayaux du Tilly, héros de Verdun, et le couple s'enracine au village voisin de Meuvaines : c'est ainsi que le manoir Saint-Paul entre dans la famille. Ancien « logis neuf » du manoir de la Garenne, bâti au XVIIIe siècle, il est justement entièrement remanié et agrandi de ses ailes latérales dans les années 1890 — au moment même de leur installation. Le général y devient conseiller municipal et y meurt en 1930 ; Jeanne en 1946 ; leur fils François, le colonel, s'y éteindra à 99 ans en 1986, et les parents de son épouse, les Malliard, y finirent aussi leurs jours. Quatre générations sous le même toit normand.

Enfin, en 1946, Claude Hayaux du Tilly, petite-fille du général, épouse à Meuvaines André de Montessus : les Montessus, bourguignons depuis sept siècles, s'installent aux Mésanges, à Ver-sur-Mer — troisième village de ce chapelet côtier, au bord de Gold Beach, deux ans à peine après le Débarquement. Bourguignons d'origine, Normands depuis 1946, sur une côte que la famille maternelle façonnait depuis un siècle.

Brandon, Montcenis et la citadelle de Chalon

Saône-et-Loire · les lieux du souvenir

Le château de Brandon, possession familiale de 1521 à 1610, garde sa légende de trésor enfoui. En l'église de Montcenis, les premiers Bernard reposaient « devant l'autel de Saint-Laurent ». Et à la citadelle de Chalon-sur-Saône, les armes du gouverneur Melchior de Montessus surmontaient la porte principale, « au-dessus de celles du roi ».

La carte des terres

Quarante fiefs des Bernard de Montessus, d'après « Montessus et ses seigneurs » (1930)

Le répertoire des fiefs dressé par Robert de Montessus dans Montessus et ses seigneurs recense une soixantaine de terres ayant appartenu à la famille, du Moyen Âge au XIXe siècle. Les voici sur la carte : un empire foncier concentré autour du Charolais et de la côte chalonnaise, débordant sur la Bresse, l'Auxois, la Franche-Comté et jusqu'aux confins champenois. Cliquez sur chaque point pour découvrir l'histoire du lieu.

châteaux majeurs et berceau de la famille  ·  seigneuries et fiefs — fond de carte OpenStreetMap, localisation au chef-lieu de la commune actuelle.

Personnalités

Serviteurs de l'État et hommes de science

Philibert Commerson

1727 – 1773 · botaniste du Roi, allié de la famille

Médecin et naturaliste embarqué en 1767 avec Bougainville pour le tour du monde : on lui doit la bougainvillée, l'hortensia et le dauphin de Commerson — plus de cent espèces portent son nom. Sa servante Jeanne Barret, déguisée en valet, fut la première femme à boucler le tour du globe. Élu à l'Académie des sciences une semaine après sa mort à l'île Maurice, la nouvelle n'étant pas parvenue à Paris.

Patrice de Montessus de Rully

1761 – 1831 · militaire et homme politique

Député en 1789, il devient lieutenant général et pair de France. Figure de la branche aînée à la charnière de la Révolution et de la Restauration.

Ferdinand de Montessus de Ballore

1817 – 1899 · médecin et ornithologue

Docteur en médecine (Paris, 1845), il exerce un demi-siècle à l'hôpital et à la prison de Chalon-sur-Saône. Chevalier de la Légion d'honneur, fondateur et président de la Société des sciences naturelles de Saône-et-Loire, philanthrope engagé auprès des sociétés de secours mutuels ouvrières.

Portrait de Fernand de Montessus de Ballore

Fernand de Montessus de Ballore

1851 – 1923 · pionnier de la sismologie

Polytechnicien (promotion 1871), officier d'artillerie, chef de la mission militaire française au Salvador (1881-1885) où naît son intérêt pour les tremblements de terre. Premier à décrire la répartition mondiale des épicentres (Géographie séismologique, 1907). Appelé par le Chili après le séisme de Valparaíso, il fonde en 1907 le service sismologique chilien et implante des stations jusqu'à l'île de Pâques. Une catégorie spéciale lui est consacrée.

Portrait de Robert de Montessus de Ballore en 1914

Robert de Montessus de Ballore

1870 – 1937 · mathématicien

Docteur de la Sorbonne (1905, sous la direction de Paul Appell, jury Henri Poincaré), lauréat du Grand Prix des sciences mathématiques en 1906, expert à la Société des Nations. Son théorème sur la convergence des approximants de Padé — le « théorème de Montessus de Ballore » — reste un résultat classique de l'analyse. C'est de lui que descend directement toute la famille du classement : son fils André est le patriarche de la lignée actuelle.

Portrait d'André de Montessus de Ballore

André de Montessus de Ballore

1912 – 1977 · ingénieur, patriarche

Fils du mathématicien Robert. Collège Stanislas, ingénieur Supélec (1936), il débute aux Chemins de fer de l'État comme simple ouvrier à Montrouge, « à réparer wagons et locomotives », avant de conduire trains et métros. Cinq ans de captivité à l'Oflag XVII-A, puis il participe à la création de la SOFRERAIL (1957) — née parce que la SNCF, société nationale, ne pouvait contracter avec les chemins de fer indiens qui demandaient son aide — et en devient directeur général : plus de 70 pays à sa mort en 1977, de l'Iran à l'Indonésie. Antoine Pinay lui remet la Légion d'honneur en 1975, à son domicile. « L'image d'un grand patron », dira l'hommage de la société — devenue aujourd'hui Systra. Établi aux « Mésanges » à Ver-sur-Mer, il est avec Claude la souche des 155 membres du classement familial.

Portrait de Claude Hayaux du Tilly

Claude de Montessus, née Hayaux du Tilly

1924 – 2021 · la matriarche

Née à Metz dans une famille de militaires normands — son père colonel de cavalerie, son grand-père général —, Claude grandit dans une foi catholique qui ne la quittera jamais et dans le souvenir des étés à La Chaudeau, chez les Buyer, dont l'attention envers ceux qui travaillaient pour eux la marqua pour la vie. Elle rencontre André par un camarade de captivité et l'épouse en 1946 à Meuvaines.

En seize ans, elle met au monde sept enfants et tient seule la grande maisonnée pendant qu'André parcourt le monde pour le rail. Veuve à 53 ans, elle porte la famille quarante-quatre ans encore : gardienne des souvenirs et des maisons, elle rassemble les siens en Normandie et organise elle-même sa succession pour que chacun garde sa part des Mésanges — songeant à l'unité de la famille jusque dans sa façon de la quitter. Femme de caractère et de cœur, d'une générosité attentive à chacun, elle s'éteint à 96 ans en laissant 7 enfants, 28 petits-enfants et 71 arrière-petits-enfants. Elle reste dans le souvenir de tous les siens. Lire sa vie en détail →

Robert de Montessus de Ballore

1948 – 1982 · l'ingénieur de Koeberg

Deuxième enfant d'André et Claude, coopérant au Niger puis ingénieur chez Framatome, il participe à la construction de la centrale nucléaire de Koeberg, près du Cap. Il meurt à 34 ans dans un accident de voiture près de Windhoek (Namibie), lors d'une exploration minière, et repose à Ver-sur-Mer. Il est le père de Sébastien, Gabriel et Stéphanie de Montessus.

Fernand de Montessus de Ballore

1851 – 1923 · l'homme qui apprit au monde où tremble la terre
Fernand de Montessus de Ballore en uniforme
Le commandant de Montessus de Ballore, polytechnicien et cavalier du Cadre Noir.

De tous les Montessus, c'est lui que le monde connaît. Né le 19 juin 1851 à Dompierre-sous-Sanvignes, en Saône-et-Loire, il va à l'école du village « marchant dans la neige en hiver et dans la crainte des loups ». Il entre à l'École polytechnique en 1871 — dans la promotion du futur maréchal Foch —, devient officier d'artillerie et cavalier du Cadre Noir de Saumur. Officier de la Légion d'honneur en 1893.

Comprendre

La faille et le séisme, expliqués à tous

La croûte terrestre n'est pas d'un seul bloc. Elle est fracturée en immenses morceaux qui bougent très lentement — de quelques centimètres par an, la vitesse à laquelle poussent vos ongles. Une faille, c'est la cassure entre deux de ces blocs de roche. Comme ils frottent l'un contre l'autre, ils restent souvent coincés pendant des décennies : la tension s'accumule, exactement comme lorsqu'on plie une règle de plus en plus fort… jusqu'à ce qu'elle casse d'un coup. Ce claquement brutal en profondeur, c'est le tremblement de terre : toute l'énergie accumulée se libère en quelques secondes et se propage en ondes, comme les ronds dans l'eau.

Surface : l'épicentre, point juste au-dessus du foyer La faille Le foyer : la roche casse ici, d'où partent les ondes sismiques Deux blocs de croûte qui coulissent lentement

Ce qu'on croyait avant lui

Lune, volcans souterrains et « temps à tremblement »

Au XIXe siècle, les savants les plus sérieux cherchaient la cause des séismes dans les phases de la lune, dans de mystérieux volcans souterrains, ou même dans la météo — on parlait d'un « temps à tremblement de terre ». Personne n'avait les moyens de vérifier : il aurait fallu comparer des milliers de séismes entre eux.

Sa méthode : compter, encore compter

La force de la statistique

C'est exactement ce que fit Fernand : 170 000 séismes dépouillés fiche par fiche, dans toutes les langues, pendant vingt ans. Reportés sur des cartes, ils dessinent une évidence : les tremblements de terre ne frappent pas au hasard. Ils se concentrent le long de deux grandes cicatrices du globe — le pourtour de l'océan Pacifique (l'actuelle « ceinture de feu ») et l'axe qui court des Alpes à l'Himalaya.

Sa découverte

Les séismes suivent la géologie

Là où le relief est jeune et abrupt — ses fameuses « côtes à pentes raides », comme celle qui va du cap Horn à l'Alaska —, la terre tremble ; là où le relief est vieux et usé, elle dort. Autrement dit : c'est la structure de l'écorce terrestre qui fait les séismes, pas le ciel. Une révolution silencieuse, démontrée sans un seul instrument, à la seule force du recensement.

Ce que la science a confirmé après lui

La tectonique des plaques, cinquante ans plus tard

Dans les années 1960, la tectonique des plaques explique enfin pourquoi : les zones sismiques de Fernand sont les frontières des plaques, là où elles se rencontrent et se chevauchent. Le Chili, où il finit sa vie, en est l'exemple parfait : la plaque de Nazca y plonge sous l'Amérique du Sud, produisant les plus grands séismes du monde — dont celui de Valdivia en 1960, magnitude 9,5, le plus puissant jamais mesuré. Ses cartes de 1906 dessinaient déjà, sans le savoir, la carte des plaques terrestres.

La « faille » de Fernand : la fosse du Chili, où plonge la plaque de Nazca — ★ Santiago, son observatoire Ceinture de feu du Pacifique Axe Alpes – Himalaya
Où se trouvent les failles : la carte que Fernand avait devinée. Chaque point noir est l'épicentre d'un séisme enregistré entre 1963 et 1998 — 358 000 au total (NASA, domaine public). Les points ne sont pas dispersés au hasard : ils dessinent les failles qui bordent les plaques terrestres. On reconnaît la ceinture de feu du Pacifique (tout le pourtour de l'océan, du Chili au Japon), l'axe Alpes–Himalaya (de la Méditerranée à l'Indonésie), et les fines lignes au milieu des océans, les dorsales. La ligne noire épaisse le long de la côte ouest de l'Amérique du Sud, c'est la fosse du Chili — le pays même où Fernand installa ses sismographes. Sa Géographie séismologique de 1906 montrait déjà ces deux grandes ceintures, un demi-siècle avant que la science ne sache les expliquer.
1881

Le Salvador : la révélation

Chef de la mission militaire française au Salvador, il y assiste à son premier tremblement de terre — et le phénomène « se convertit en la passion de sa vie ». Il en profite pour écrire une Histoire des peuples précolombiens d'Amérique centrale, et découvre au fond de la jungle un village entier décimé : le curé, ayant entendu parler du vaccin, avait inoculé aux habitants les pustules mêmes des malades de la variole — une histoire que reprendra Ken Follett dans un roman.

« C'est en France que naquit le militaire, et au San Salvador le scientifique. »Allocution du centenaire de sa mort, Santiago du Chili, 2023
1885–1907

Les 170 000 séismes

Rentré en France — commandant d'artillerie au château de Nantes, dont il publie l'histoire en 1898, avant qu'un grave accident de cheval en 1901 ne le rende à ses fiches —, il bâtit seul le plus grand catalogue sismique jamais constitué : 170 000 tremblements de terre dépouillés dans toutes les langues. Il en tire une démonstration révolutionnaire : les séismes suivent la géologie — les grandes lignes de relief « à pentes raides » — et non les phases de la lune ou de mystérieux volcans souterrains, comme on le croyait encore. Sa Géographie séismologique (1906) dresse la première carte mondiale des épicentres. Il laissera plus de trente ouvrages et des centaines d'articles.

1907–1923

Le Chili, jusqu'au bout

Le 16 août 1906, le séisme de Valparaíso fait 20 000 victimes. Le président chilien Pedro Montt cherche en Europe le meilleur savant : ce sera lui. Nommé par décret en septembre 1907, il fonde l'observatoire sismologique du cerro Santa Lucía à Santiago, inaugure le Service sismologique du Chili le 9 juin 1908 et déploie un réseau de stations de Tacna à Punta Arenas — et jusqu'à l'île de Pâques. Il dirige le service seize ans, jusqu'à sa mort à Santiago le 23 janvier 1923. Il repose au Cimetière général de Santiago, avec sa femme et deux de ses enfants.

Héritage

Une mémoire vivante des deux côtés de l'Atlantique

Portrait peint de Philippe de Montessus (1825-1890), père de Fernand, conservé par la branche chilienne
Philippe (1825-1890), le père de Fernand — portrait conservé par la famille chilienne, légendé en espagnol : « padres de Fernando de Montessus de Ballore ».

Sa fille Isabelle, mariée à Santiago en 1909, est à l'origine de la branche chilienne de la famille : ses descendants ont pris le nom de Bacarreza de Montessus de Ballore « en souvenir de leur grand-père, l'illustre sismologue ». En 2023, le Centro Sismológico Nacional — l'héritier direct de son service — a commémoré le centenaire de sa mort, avec une allocution de son arrière-petit-fils Ricardo Bacarreza ; la bibliothèque du département de géophysique de l'Universidad de Chile porte son nom, tout comme le laboratoire international CNRS – Université du Chili créé en 2006. Sa biographie de référence est parue chez Hermann en 2015 (Jean-Paul Poirier, Fernand de Montessus de Ballore, pionnier français de la science des tremblements de terre), et la revue Nature lui consacra une nécrologie en 1923. Ses archives scientifiques sont conservées à la Société de géographie.

Le théorème de Montessus de Ballore

Un résultat de 1902, expliqué simplement — et pourquoi il compte encore

En une phrase : Robert de Montessus a trouvé une façon de calculer une fonction bien au-delà de la zone où les méthodes habituelles s'arrêtent — et de repérer au passage les endroits où cette fonction « explose ».

1. Le problème : la série bute sur un mur

Pour calculer une fonction près d'un point, on l'écrit souvent comme une série : une addition sans fin de termes de plus en plus petits (1 + x + x² + x³ + …). Cela marche très bien… mais seulement à l'intérieur d'un certain rayon. Dès qu'on s'éloigne trop, la somme s'emballe et ne veut plus rien dire. Ce « mur » correspond souvent à un point où la fonction elle-même monte à l'infini : un pôle.

le mur (pôle) la série décroche la vraie fonction la série la fraction de Padé (passe le mur)
2. L'idée de Montessus : une fraction plutôt qu'une somme

Son astuce : ne plus additionner des termes, mais approcher la fonction par une fraction — un polynôme divisé par un autre (ce qu'on appelle un approximant de Padé). L'avantage est décisif : une fraction devient elle-même infinie quand son dénominateur s'annule. Elle sait donc imiter les pôles, ces points où la fonction file à l'infini — précisément là où une simple somme abandonne. La fraction ne bute pas sur le mur : elle le franchit, et va jusqu'au mur suivant.

la série calcule ici 1ᵉʳ pôle 2ᵉ pôle Padé calcule jusqu'ici — jusqu'au pôle suivant
3. Ce que garantit le théorème

Le résultat de 1902 apporte une garantie rigoureuse : si une fonction possède un nombre connu de pôles (disons p) dans une région, alors la bonne suite de ces fractions se rapproche de la vraie fonction partout, jusqu'au pôle suivant — et leurs dénominateurs pointent précisément vers l'emplacement des pôles. Le théorème dit donc non seulement « ça marche plus loin », mais aussi « voici jusqu'où, et voici où sont les murs ».

Pourquoi c'est important

Avant lui, on savait fabriquer ces fractions, mais personne n'avait prouvé qu'elles convergeaient réellement vers la fonction. Montessus fut le premier — son théorème est resté l'une des pierres de fondation de la théorie de l'approximation rationnelle (les approximants de Padé). Or ces fractions sont partout utiles :

  • En physique : elles domptent des calculs qui, sinon, donneraient l'infini (mécanique quantique, théorie des champs) et repèrent les résonances.
  • En ingénierie et en calcul numérique : elles évaluent efficacement des fonctions et modélisent des systèmes (traitement du signal, automatique).
  • En mathématiques : elles permettent de prolonger une fonction au-delà de son domaine de départ et d'en localiser les singularités.

Publié dans le Bulletin de la Société mathématique de France, ce travail valut à Robert de Montessus le Grand Prix de l'Académie des sciences en 1906 (thèse soutenue en 1905 devant un jury où siégeait Henri Poincaré). Plus d'un siècle après, il est toujours enseigné, généralisé et cité.

« Un théorème pour la postérité » — Images des mathématiques, CNRS

Honneurs & décorations

Six siècles de services récompensés, relevés dans le livre de famille
Collier et insigne de la Toison d'Or

Les ordres de chevalerie

Toison d'Or · Jarretière · Saint-Esprit · Saint-Louis

L'ascendance compte trois chevaliers de la Toison d'Or — Antoine de Croÿ (1430), Thibault de Neufchâtel (1433, brevet n° 37, devise « Trop me tarde ») et Claude de Vergy (1546) — et un chevalier de la Jarretière : Guichard d'Angle, compagnon du Prince Noir et tuteur du futur Richard II d'Angleterre. Antoine de Buade est commandeur du Saint-Esprit en 1619. Chez les Montessus mêmes : Hugues (1456-1546) et Philibert (1540-1591), chevaliers de l'Ordre du Roi ; puis Maximilien de Montessus et « le brave d'Aligny », chevaliers de Saint-Louis.

Croix de chevalier de la Légion d'honneur

La Légion d'honneur

Au moins dix titulaires depuis 1813

Commandeurs : le général Louis-René Hayaux du Tilly (Verdun, Chemin des Dames) et Charles Géry, conseiller d'État (1869). Officier : le colonel François Hayaux du Tilly. Chevaliers : Fernand de Montessus, le sismologue (1893) ; Ferdinand, le médecin-ornithologue ; André de Montessus (1912-1977) ; Lazare Lafouge, garde du corps de Louis XVIII ; Gilbert Bandy de Nalèche (1813) ; le docteur Hecht de Strasbourg.

Deux remises hors du commun : Fortuné Hayaux, décoré par Napoléon en personne après la Moskova et la Bérézina (1815), et Alain Hayaux du Tilly, Légion d'honneur posthume à vingt ans, tombé aux Dardanelles en 1915.

Croix de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis, XVIIIe siècle

Le Panthéon et l'Arc de Triomphe

Le général Dagobert (1736-1794)

Allié de la famille, le général Dagobert reçut les deux honneurs suprêmes de la République : son nom inscrit au Panthéon par décret de la Convention, et gravé sous l'Arc de Triomphe (pilier ouest, colonne 33) — lui qui mourut aux armées si pauvre que ses officiers se cotisèrent pour ses funérailles.

Croix de guerre 1914-1918 avec palme de bronze

Ordres étrangers et croix de guerre

Belgique · Roumanie · 1914-1918

Robert de Montessus, le mathématicien, reçoit l'ordre de Léopold de Belgique en 1933 ; le général Hayaux du Tilly en était commandeur, comme de l'ordre de la Couronne de Roumanie. S'y ajoutent les Croix de guerre 14-18 française et belge avec palmes, et la Croix de guerre des théâtres d'opérations extérieurs, portées par les Hayaux du Tilly.

André, le patriarche

1912 – 1946 – 1977 · l'ingénieur des locomotives, le prisonnier de l'Oflag, le père de famille
André de Montessus de Ballore (1912-1977)
André de Montessus de Ballore (1912-1977), patriarche, avec Claude, de la famille d'aujourd'hui.

Avec Claude, il est la source de toute la famille d'aujourd'hui. André Bernard de Montessus de Ballore eut une vie que le siècle traversa de part en part : une enfance lilloise, un métier d'ingénieur au ras des machines, cinq années de captivité dans un camp d'officiers au fond de l'Autriche, puis une carrière qui le mena sur les rails du monde entier. Son livre de vie, patiemment réuni par les siens, permet de raconter ici, en détail, ce que fut son parcours.

1912

Une enfance lilloise

Diplôme du baccalauréat d'André, 1933
Son diplôme de bachelier (1933), signé de sa main « Bernard de Montessus de Ballore ».

André naît et est baptisé le 31 août 1912 à Lille, au 121 boulevard de la Liberté. Il est le fils du mathématicien Robert de Montessus de Ballore (1870-1937) — celui du théorème — et de Suzanne Montaudon, et le cadet de son frère Jacques, né à Lille en 1909. Il fait ses humanités au Collège Stanislas et décroche son baccalauréat en 1933, mention latin-sciences puis philosophie.

1936

L'ingénieur des locomotives

Autorisation de conduire les locomotives à vapeur, 1937
Mai 1937 : André est autorisé à conduire lui-même les locomotives à vapeur du réseau de l'État.

Après trois années de service militaire — « très mauvaises pour sa santé », note le livre de famille —, André devient ingénieur Supélec. Mais il ne débute pas dans un bureau : il est admis comme attaché au dépôt de Montrouge, aux Chemins de fer de l'État, et, le 13 mai 1937, une autorisation officielle lui permet de conduire lui-même les locomotives à vapeur, « en remplacement des mécaniciens ». L'ingénieur apprend son métier les mains dans le cambouis, et dans des conditions modestes.

« Il racontait que le soir il avait juste de quoi s'acheter un bol de lait et du pain. »Livre de vie d'André de Montessus
23 juin 1940

La guerre et la capture

Mobilisé, André est fait prisonnier dès les premières semaines de l'invasion : le livre de famille en conserve la date et le lieu exacts — Thorey, le 23 juin 1940. Enregistré sous le matricule 15104, il est acheminé, comme des milliers d'officiers, par étapes : de Thorey à Nancy — où les prisonniers transitent par l'École Nationale Professionnelle — puis, en wagons, vers l'Autriche. Méticuleux jusque dans la captivité, André corrigera plus tard, de sa main et dans la marge d'un livre-témoignage de l'Oflag, le nombre de prisonniers arrivés ce jour-là de Nancy.

De Thorey à l'Autriche — le parcours de captivité (1940-1945) environ 1 000 km vers l'est, en wagons FRANCE AUTRICHE Lille né en 1912 Thorey capturé le 23 juin 1940 Nancy transit — août 1940 Edelbach Oflag XVII-A captivité 1940 – avril 1945 Camp d'officiers de Basse-Autriche · ~6 000 Français · libéré par les troupes soviétiques
Le trajet d'André, de sa capture en Lorraine jusqu'au camp d'Edelbach, au fond de l'Autriche.
1940–1945

Cinq ans à l'Oflag XVII-A

Page du livre Sous le manteau annotée par André
Une page du témoignage de l'Oflag, annotée de la main d'André : « Arrivée de André de M. de Nancy » (20 août 1940).

André passe près de cinq ans à l'Oflag XVII-A d'Edelbach, en Basse-Autriche — un camp qui accueillit environ 6 000 officiers français entre 1940 et sa libération par les troupes soviétiques, en avril 1945. Perdu dans les forêts et les hivers rigoureux de l'Europe centrale, ce camp est resté célèbre pour une prouesse : « Sous le manteau », un film tourné clandestinement par les prisonniers avec une caméra dissimulée, qui documenta la vie du camp et le creusement des tunnels d'évasion.

André n'y resta pas inactif. Il participait au théâtre, au bridge et donnait des cours de mathématiques à « l'université du camp » ; avec ses camarades, il creusa un tunnel d'évasion. Surtout, la captivité ne le coupa jamais tout à fait du monde : grâce aux postes à galène — des radios de fortune —, les prisonniers captaient les nouvelles, et André rédigeait des informations politiques sur de petits papiers qu'il faisait circuler. Loin, à Paris, sa mère tenait un journal où perçait l'angoisse des familles :

« Nous avons eu une lettre d'André : il travaille beaucoup pour se distraire, mais il n'a pas de quoi manger. Il demande beaucoup de légumes secs. »Journal de sa mère, Suzanne, 1942
1946

Un mariage né de la captivité

Mariage d'André et Claude, 1946
Le mariage d'André et Claude, en 1946 : les jeunes mariés sur le perron, entourés de leurs enfants d'honneur.

C'est la guerre elle-même qui lui donna Claude. Prisonnier aux côtés du frère d'André, Louis de Buyer parla à la famille de « sa nièce à Paris », Claude Hayaux du Tilly. La rencontre eut lieu, à la Libération, chez Jacques et Kikou — le frère et la belle-sœur d'André —, celui-ci accompagné de son ami fidèle Christian de Montebello. Les fiançailles sont annoncées le 27 mai 1946 ; ils se marient à Meuvaines, en Normandie, dans l'été qui suit.

De cette union naîtront sept enfants — Catherine, Robert, Anne, Jean, Pierre, Marc et Marie-Virginie —, la souche de la grande famille d'aujourd'hui. Le récit de Claude, la matriarche, prend le relais du sien.

1957

SOFRERAIL : le tour du monde du rail

La paix revenue, André met son métier au service du rail français à l'étranger. Il compte parmi les hommes de la SOFRERAIL (Société française d'études et de réalisation ferroviaires, créée en 1957 par la SNCF et de grandes banques) : conseil aux chemins de fer africains, organisation des ateliers, achat de locomotives, missions à travers l'Europe centrale et orientale — Varsovie, Cracovie, Bucarest, Budapest, Vienne — et jusqu'en Suisse. Pendant qu'il parcourt le monde et que le téléphone sonne la nuit au rythme des fuseaux horaires, c'est Claude qui tient la maison et la nombreuse famille. André s'éteint en 1977 ; Claude lui survivra plus de quarante ans, gardienne de leur descendance.

Claude, la matriarche

1924 – 2021 · celle dont descendent les cent cinquante-cinq
Claude de Montessus, née Hayaux du Tilly (1924-2021)
Claude de Montessus, née Hayaux du Tilly, mère et grand-mère de toute la famille d'aujourd'hui.

Si toute la famille d'aujourd'hui existe, c'est d'elle. Claude Anne Marie Renée Françoise Hayaux du Tilly réunissait dans son berceau deux vieilles familles : les Hayaux du Tilly, lignée d'officiers normands, et les Malliard, maîtres de forges et industriels de Franche-Comté. De cette double origine — la rigueur du sabre et la chaleur d'une grande maison de famille — elle tint tout ce qu'elle fut.

1924

Une enfance de garnison

Elle naît le 10 septembre 1924 à Metz, troisième des quatre enfants du colonel de cavalerie François Hayaux du Tilly (1887-1986) — officier de la Légion d'honneur, Croix de guerre 14-18, plus tard maire de Meuvaines — et de Renée de Malliard. C'est une enfance qui suit les garnisons du père : son frère aîné Alain, le futur pilote, naît en Rhénanie occupée ; Odile en Franche-Comté ; Claude et le petit Maurice à Metz. On déménage, on s'installe, on repart — le rythme des familles d'officiers d'entre-deux-guerres. Baptisée à Metz, elle a pour parrain Claudius Simon, un camarade officier de son père, et pour marraine sa tante Anne.

De son propre aveu, elle n'était pas l'enfant docile de la fratrie. Là où sa sœur Odile disait oui à tout, Claude, elle, tenait déjà tête :

« Nous avions deux tempéraments très différents : moi, je discutais toujours tout ce que les parents disaient, et elle disait toujours oui à tout. »Claude de Montessus, sur sa sœur Odile
Les étés

La Chaudeau, la maison de l'enfance

Le cœur de sa jeunesse bat en Franche-Comté, à La Chaudeau, la maison de maîtres de forges des de Buyer — la famille de sa tante Suzanne. C'est là, accueillie « avec tant d'affection », qu'elle passe ses plus beaux étés d'enfant, près de son grand-oncle Charles de Buyer, « un homme merveilleux ». Sa tante Suzanne de Malliard, elle, était un personnage : engagée dans la Première Armée, affectée au 2e régiment de Dragons, elle fut la première femme Dragon de France, diplômée de l'École du Louvre et membre de l'Académie de Franche-Comté.

La Chaudeau forgea aussi sa conscience. L'attention des Buyer envers leurs ouvriers la marqua pour la vie — au point qu'en 1968, dans un groupe d'action catholique où l'on critiquait les chefs d'entreprise, elle prit vivement leur défense :

« J'ai été tellement marquée, comme petite fille, des attentions délicates de la famille Buyer pour ceux qui travaillaient pour eux… C'est te dire combien mon enfance en fut marquée. »Claude de Montessus, « Témoignage », 2002

De cette enfance elle gardait des images précises et tendres — « les panneaux de jonquilles aux couleurs du pape » qu'elle accrochait aux grillages avec les enfants de La Chaudeau —, une foi catholique qui ne la quitterait jamais, et cette maison où, jeune mariée, elle reviendrait passer son voyage de noces.

Héritage

La Normandie dans le sang

C'est par sa grand-mère paternelle, Jeanne Le Monnier de Gouville, que Claude tient la Normandie — cette lignée de Saint-Lô qui fit de Meuvaines et de Ver-sur-Mer le port d'attache de tous les siens. Claude lisait, émue, les lettres que son aïeule écrivait à son mari le général :

« Ma grand-mère, Jeanne de Gouville… Sans elle, nous n'aurions jamais été normands. »Claude de Montessus

Jeanne s'éteignit un mois avant les noces de sa petite-fille — Claude fut la première petite-fille à se marier à Meuvaines, comme pour sceller cet héritage normand au moment même où il lui était transmis.

1946

Un mariage né de la guerre

C'est la captivité qui la mène à André de Montessus : son oncle Louis de Buyer, prisonnier avec le frère d'André, parle à ce dernier de « sa nièce à Paris ». Les fiançailles sont annoncées le 27 mai 1946 ; ils se marient à Meuvaines en juillet, dans une France qui sort à peine de la guerre — jusqu'à la robe, qu'il fallut inventer avec les moyens du temps.

« Ma robe de mariée — à l'époque c'était difficile de trouver du tissu. Oncle Jean de Malliard m'a donné un métrage de tissu, pour me faire plaisir. »Claude de Montessus

Du voyage de noces à La Chaudeau — retour au décor de son enfance — elle gardait, plus d'un demi-siècle après, un souvenir intact :

« Mon voyage de noces, dans cette jolie maison… Nous nous tenions dans le jardin au bord de la rivière, et bien souvent nous apercevions de gentilles frimousses qui voulaient voir à quoi ressemblaient de jeunes mariés. C'était charmant ! »Claude de Montessus, février 2002
1947–1977

Sept enfants, une maison, une vie

En seize ans, Claude met au monde sept enfants — Catherine, Robert, Anne, Jean, Pierre, Marc et Marie-Virginie. Le jeune ménage s'installe au 46 rue Jacob, à Paris, dans l'appartement qu'il faut d'abord repeindre de fond en comble. Tandis qu'André parcourt le monde pour la SOFRERAIL et que le téléphone sonne la nuit au rythme des décalages horaires, c'est elle qui tient la maison, mène la marmaille et fait vivre l'été la grande maisonnée des « Mésanges » à Ver-sur-Mer — les cousins, les mariages de quatre cents convives, les étés au bord de la Manche. Femme de caractère et d'élégance, on la revoit, au mariage d'Anne en 1972, dans son manteau de léopard.

Sa mémoire

Une aïeule au grand cœur

Veuve d'André en 1977, Claude porta la famille pendant plus de quarante ans encore, gardienne des souvenirs et des maisons. Elle recentra les siens sur la Normandie et organisa elle-même sa succession, pour que chacun ait sa part des Mésanges. Elle s'éteignit à Paris le 11 janvier 2021, à 96 ans, ayant vu sa descendance grandir jusqu'à la quatrième génération :

7
enfants
28
petits-enfants
85
arrière-petits-enfants
96
ans de vie

Mère et grand-mère formidable, elle reste dans le cœur de tous les siens. À ses sept enfants s'ajoutent sept gendres et belles-filles, vingt-huit petits-enfants et quatre-vingt-cinq arrière-petits-enfants : une descendance de cent vingt personnes, à laquelle il faut joindre toutes les alliances. C'est d'elle et d'André que part le classement de la famille : chacun des cent cinquante-cinq est, d'une manière ou d'une autre, un peu son enfant.

Album de famille

Photographies tirées du livre de vie d'André, classées par époque

De la fin de la guerre aux années récentes, ces clichés — le mariage des patriarches, les étés au bord de la mer, les grandes réunions aux Mésanges — racontent, mieux que les dates, la vie de la maisonnée. Ils sont ici rangés dans l'ordre du temps.

1946

Le mariage des patriarches

Mariage d'André et Claude, 1946
1946 — Le mariage d'André et Claude, sur le perron, avec les enfants d'honneur.
Devant la maison de famille, fin des années 1940
Fin des années 1940 — Trois générations devant la maison de famille, le chien au premier plan.
Années 1950-60

Les enfants grandissent

Dans le jardin, vers 1957
Vers 1957 — Dans le jardin, près de la gloriette.
Les enfants au bord de la mer, années 1960
Années 1960 — La marmaille et les cousins sur les barques, l'été au bord de la mer.
Un mariage, fin des années 1960
Fin des années 1960 — Un mariage de la génération suivante, sur le parvis de l'église.
Années 1970-80

Les Mésanges et les grandes réunions

Un enfant dans la neige devant les Mésanges, années 1970
Années 1970 — Un petit dernier dans la neige, devant les Mésanges.
La maison de famille des Mésanges
La maison de famille sous les frondaisons, un été.
Mariage de famille, années 1980
Années 1980 — Toute la famille réunie autour des mariés.
Grande réunion de famille, années 1980
Années 1980 — Grande réunion de famille, à l'ombre des arbres.
Portrait d'un fils de la maison, années 1980
Années 1980 — Portrait d'un fils de la maison, à contre-jour.
Années 2000

Les générations d'aujourd'hui

Deux cousins en conversation, années 2000
Années 2000 — Deux cousins en pleine conversation, dans la maison de famille.

Toutes ces photographies proviennent du livre de vie familial ; les identifications précises et les légendes détaillées y figurent.

Généalogie

Une mémoire familiale activement entretenue

La généalogie familiale est aujourd'hui documentée avec une ampleur remarquable. Sur Geneanet, l'arbre de référence, tenu par Jean Bernard de Montessus de Ballore, relie la famille à ses alliances — les Hayaux du Tilly, Montaudon, Formigny de la Londe, Amyot du Mesnil-Gaillard, Coste ou de Malliard — et reste mis à jour à ce jour. Il a donné naissance en 2026 au livre de famille Patronomia : deux volumes, près de 1 470 pages et 34 générations — jusqu'à Charlemagne —, dont ce site tire sa chronique et sa lignée royale.

29 100
individus dans l'arbre
4 360
documents et médias
1 157
actes indexés au nom

La répartition géographique des actes dessine fidèlement l'histoire de la famille : Ballore et Chalon-sur-Saône en tête, puis Autun, Toulon-sur-Arroux et Dijon pour la Bourgogne d'origine, et Paris, Versailles, Amiens, Poitiers, Caen ou Rouen au fil de l'essaimage des branches.

Cousins & familles alliées

Trois maisons entrées dans la famille par mariage, et leurs propres siècles d'histoire

du Rivau

Alliance de 1969 · Touraine et Normandie

En 1969, Catherine de Montessus, l'aînée des sept, épouse Dominique du Rivau (1944-2018) : la première alliance de la génération d'aujourd'hui, et une famille désormais elle aussi enracinée à Ver-sur-Mer. Le nom est celui d'un fief de Touraine passé à la postérité par le château du Rivau — où, en 1429, Jeanne d'Arc vint chercher des chevaux de guerre avant de marcher sur Orléans.

Augier de Crémiers

Alliance de 1973 · noblesse du Poitou

Véronique Augier de Crémiers épouse en 1973 Robert de Montessus (1948-1982) ; ils sont les parents de Sébastien et Gabriel. Sa famille, de vieille bourgeoisie de Montmorillon présente en Poitou dès le XIIe siècle, donna magistrats, prêtres et officiers de génération en génération, avant d'être anoblie par charge de secrétaire du roi (1747, lettres d'honneur en 1772) et de siéger à l'assemblée de la noblesse de Poitiers en 1789.

de Joybert

Cousins · pionniers de la Nouvelle-France

Famille alliée et cousine — c'est l'architecte Yves de Joybert qui dessina la maison de Pierre de Montessus à Ver-sur-Mer. Son nom porte l'une des plus belles pages de l'aventure française d'Amérique : Pierre de Joybert de Soulanges et de Marson, officier du régiment de Carignan-Salières, fut administrateur de l'Acadie en 1677 ; et sa fille Louise-Élisabeth de Joybert, marquise de Vaudreuil, fut la mère du dernier gouverneur de la Nouvelle-France.

Un vaste cousinage

Les alliances au fil des siècles

Au-delà de ces trois maisons, l'arbre familial relie les Montessus à des centaines de lignées : les Hayaux du Tilly (par Claude, la matriarche), les Coste, de Malliard, Montaudon, Amyot du Mesnil-Gaillard, Le Monnier de Gouville, Faure, Kenesi, Dadvisard, de Larocque-Latour… et, plus haut, les Choiseul, Courtenay, Vergy et Damas. Tout ce cousinage figure dans l'arbre et le classement.

Le classement familial

Les 155 membres de la descendance d'André et Claude de Montessus, par ordre d'entrée dans la famille

Chaque membre est classé selon sa date d'entrée dans la famille : la naissance pour les descendants, l'arrivée par alliance pour les conjoints. Les sept branches sont celles des sept enfants d'André de Montessus (entré en 1912) et de Claude Hayaux du Tilly : Catherine, Robert, Anne, Jean, Pierre, Marc et Marie-Virginie. La croix signale les membres décédés.

NomBrancheEntréeMode
1André de Montessus Souche1912patriarche
2Claude de Montessus Souche1924matriarche · née Hayux du Tilly
3Catherine du Rivau Catherine1947naissance · née de Montessus
4Robert de Montessus Robert1948naissance
5Anne Faure Anne1949naissance · née de Montessus
6Jean de Montessus Jean1950naissance
7Pierre de Montessus Pierre1952naissance
8Marc de Montessus Marc1955naissance
9Marie-Virginie Kenesi Marie-Virginie1963naissance · née de Montessus
10Dominique du Rivau Catherine1969alliance
11Laure de Gennes Catherine1971naissance · née du Rivau
12Philippe Faure Anne1972alliance
13Sophie Boutteau Catherine1973naissance · née du Rivau
14Veronique de Crémiers Robert1973alliance · née de Crémiers
15Thibaut Faure Anne1973naissance
16Sebastien de Montessus Robert1974naissance
17Blandine Bouffart Anne1975naissance · née Faure
18Segolene de Coignac Catherine1976naissance · née du Rivau
19Stephanie de Roux Robert1976naissance · née de Montessus
20Guilaine de Montessus Jean1976alliance
21Matthieu de Montessus Jean1978naissance
22Nicolas du Rivau Catherine1979naissance
23Damien Faure Anne1979naissance
24Gabriel de Montessus Robert1979naissance
25Mathilde Coste Jean1980naissance · née de Montessus
26Cathou de Montessus Marc1981alliance · née de laroque latour
27Guillaume de Montessus Marc1982naissance
28Babeth de Montessus Pierre1982alliance · née Dadvisard
29Caroline Forissier Pierre1983naissance · née de montessus
30Benoit de Montessus Marc1984naissance
31Michel de Crémiers Robert1984alliance
32Charles de Montessus Pierre1984naissance
33Maxime de Montessus Jean1985naissance
34Astrid Moine Marc1986naissance · née de Montessus
35Flore de Noiville Robert1987naissance · née de Crémiers
36Laurent Kenesi Marie-Virginie1987alliance
37Amelie Noury Anne1987naissance · née Faure
38Axelle d'Harcourt Robert1988naissance · née de Crémiers
39Come Kenesi Marie-Virginie1988naissance
40Eudes de Montessus Marc1989naissance
41Augustin Kenesi Marie-Virginie1990naissance
42Nicolas de Montessus Pierre1990naissance
43Sixtine Besancenot Robert1991naissance · née de Crémiers
44Thomas de Montessus Pierre1991naissance
45Agathe Kenesi Marie-Virginie1994naissance
46Aymeric Bouffart Anne1997alliance
47Hugues Bouffart Anne1999naissance
48Anne Sybille Faure Anne1999alliance
49Margueritte de Montessus1999alliance · née de Ritter
50Thibaut de Roux Robert2000alliance
51Vincent Boutteau Catherine2000alliance
52Marie Bouffart Anne2000naissance
53Benjamin de Gennes Catherine2001alliance
54Lucie de Gennes Catherine2001naissance
55Auriane Faure Anne2001naissance
56Louis Boutteau Catherine2001naissance
57Gabriel Boutteau Catherine2001naissance
58Melchior de Montessus Robert2002naissance
59Marcus de Gennes Catherine2003naissance
60Clémence Bouffart Anne2003naissance
61Maëlys de Roux Robert2003naissance
62Albéric Faure Anne2003naissance
63Josephine Boutteau Catherine2003naissance
64Flavie Bouffart Anne2004naissance
65Alexis de Montessus Robert2004naissance
66Solenne de Montessus Jean2005alliance · née de Gassart
67Marie-Astrid de Montessus Marc2005alliance · née André
68Paul Boutteau Catherine2005naissance
69Alexandre Coste Jean2005alliance
70Edouard de Roux Robert2006naissance
71Garance Faure Anne2006naissance
72Arthur de Montessus Marc2006naissance
73Léonie de Montessus Jean2007naissance
74Diane du Rivau Catherine2007alliance · née Bruno
75Mayeul de Montessus Marc2008naissance
76Elie de Coignac Catherine2008alliance
77Augustin Coste Jean2008naissance
78Constance de Montessus Robert2008alliance
79Ophélie de Gennes Catherine2008naissance
80Gaspard de Coignac Catherine2008naissance
81Apolline de Montessus Robert2009naissance
82Montaine Faure Anne2009naissance
83Ombeline Faure Anne2009naissance
84Eve du Rivau Catherine2009naissance
85Axel de Montessus Jean2009naissance
86Pierre Forisier Pierre2009alliance
87Clara de Coignc Catherine2009naissance
88Victoire Coste Jean2010naissance
89Pia de Montessus Robert2010naissance
90Grégoire de Montessus Marc2010naissance
91Antoine Forissier Pierre2010naissance
92Bertrand Moine Marc2011alliance
93Simon du Rivau Catherine2011naissance
94Anouchka de Montessus Robert2011naissance
95Elie Boutteau Catherine2012naissance
96Ambroise de Roux Robert2012naissance
97Arnaud Noury Anne2012alliance
98Ghislain de Noinville Robert2012alliance
99Joseph de Montessus Jean2012naissance
100Amaury de Montessus Marc2012naissance
101Fleur de Montessus Robert2013naissance
102Louis Forissier Pierre2013naissance
103Marion Kenesi Marie-Virginie2013alliance
104Alix Bouffart Anne2013naissance
105Celeste de Montessus Robert2013naissance
106Amicie Coste Jean2014naissance
107Diane de Montessus Pierre2014alliance · née Couetoux Dutertre
108Josephine Moine Marc2014naissance
109Tristan Noury Anne2014naissance
110Edouard Forssier Pierre2014naissance
111Adèle du Rivau Catherine2015naissance
112Mathilde de Montessus Marc2015alliance
113Marie Pierre de Montessus Jean2015alliance
114Arthur de Noinville Robert2015naissance
115Perrine de Montessus Pierre2016naissance
116Stanislas Moine2016naissance
117Camille Kenesi Marie-Virginie2016naissance
118Philippine Noury Anne2016naissance
119Paul de Montessus Jean2017naissance
120Astrid de Montessus Jean2017naissance
121Blanche de Montessus Pierre2017naissance
122Charline de Montessus Marc2017alliance · née Colée
123Philippa Coste Jean2017naissance
124Marine de Montessus Pierre2018alliance · née Audiger
125Hortense Moine Marc2018naissance
126Alma de Montessus Marc2018naissance
127Victoire de Noinville Robert2018naissance
128Ysée de Montessus Robert2019naissance
129Jeanne de Montessus Marc2019naissance
130Raphael de Montessus Jean2019naissance
131Charlotte Kenesi Marie-Virginie2019naissance
132Margaux Kenesi Marie-Virginie2019naissance
133Anaelle Aureau Marie-Virginie2019alliance
134Hypolitte de Montessus Marc2019naissance
135Clémentine Forissier Pierre2019naissance
136Grégoire Noury Anne2020naissance
137Vasco de Montessus Pierre2020naissance
138Romane de Montessus Pierre2020naissance
139Castille de Montessus Jean2021naissance
140André de Montessus Marc2021naissance
141Louise de Montessus Marc2021naissance
142Come d'Harcourt Robert2021alliance
143Alexandre Kenesi Marie-Virginie2021naissance
144Lionel Besancenot Robert2022alliance
145Pio Coste Jean2022naissance
146François d'Harcourt Robert2022naissance
147Appoline Moine Marc2022naissance
148Ferdinand de Montessus Pierre2022naissance
149Gabrielle Besancenot Robert2023naissance
150Raphaelle de Noinville Robert2023naissance
151Martin Noury Anne2023naissance
152Maxence de Montessus Pierre2024naissance
153Philippa d'Harcourt Robert2024naissance
154Mathilde Coste2025naissance
155Sixtine de Cremiers2025naissance

Curiosités & anecdotes

Le saviez-vous ? Trésors et surprises glanés dans les 1 470 pages du livre de famille

L'enfant enlevée par un faucon

Gévaudan, XVe siècle · la légende de Cénaret

Pour venger la capture de ses petits, un faucon enleva dans ses serres le bébé du baron de Cénaret depuis la terrasse du donjon, l'emporta à travers la vallée jusqu'à son aire… puis, « jugeant la leçon suffisante », le rapporta indemne dans son berceau. L'enfant, qui n'avait pas encore de prénom, fut baptisée Miracle — et une Miracle de Cénaret épousa Pons de Cardaillac en 1419.

Du cidre pour François Ier

Normandie, vers 1500 · Guillaume Dursus

Cet écuyer venu de Biscaye, naturalisé par Louis XII, introduisit en Normandie les greffes de pommiers espagnols et offrit son cidre d'Épinay à François Ier. Sa famille, les de Ursúa, compte un cousin parti chercher l'El Dorado — le conquistador Pedro de Ursúa, assassiné par le fameux Lope de Aguirre.

Le parrain de Crébillon

Dijon, 1674 · un Montessus au baptême du dramaturge

L'acte de baptême du grand tragédien Crébillon — Melchior Jolyot de son vrai nom — nomme pour parrain un « Melchior Montessus, écuyer », que le livre rapproche de Melchior Bernard de Montessus, seigneur de Ballore. Le prénom du poète serait donc un héritage familial.

Dispense de carême, permission de Rome

1703 · Maximilien de Montessus de Rully

Le 11 janvier 1703, Rome accorde à Maximilien, en raison de ses infirmités, la permission de manger de la viande pendant le carême. Les archives conservent aussi son laissez-passer espagnol au nom du « Chevalier de Rully » — souvenir de ses campagnes d'Allemagne, d'Irlande et d'Italie.

Sept fils morts pour le Roi

XVIIe siècle · Henri de Buade

Henri de Buade, seigneur de Culêtre et maître d'hôtel du Roi, mourut à 88 ans en ayant survécu à ses sept fils, « tous tués au service du Roy ». Sa famille est celle des Buade de Frontenac, dont le plus célèbre gouverna la Nouvelle-France.

Sauvé par sa bedaine

Chinon, 1433 · Georges de La Trémoïlle

Premier ministre de Charles VII et aïeul par alliance, La Trémoïlle échappa aux poignards de ses assassins parce que son embonpoint était tel que les lames n'atteignirent aucun organe vital. Il fut simplement… rançonné par ses rivaux.

Huit bâtards de huit maîtresses

1427 · le testament de Jacques de Vienne

Le testament de ce seigneur bourguignon, allié de la famille, nomme consciencieusement « ses huit enfants bâtards nés de huit maîtresses différentes ». La postérité appréciera le sens de l'inventaire.

Décapité aux Halles, réhabilité trois ans après

Paris, 1409 · Jean de Montagu

Surintendant des finances de Charles VI, ce « Marmouset » fut décapité aux Halles sur ordre de Jean sans Peur, son corps pendu au gibet de Montfaucon — puis solennellement réhabilité en 1412. La rumeur du temps en faisait un fils naturel de Charles V.

Enterré debout

Lorraine, 1459 · Érard du Châtelet

Le gisant du maréchal de Lorraine porte une singularité rapportée par les chroniqueurs : « il voulut être enterré droit » — debout dans sa tombe, comme à la bataille.

Le pli cacheté du mathématicien

1923 · Robert de Montessus de Ballore

Deux ans avant la fin de sa carrière, Robert dépose à l'Académie des sciences un pli cacheté attribuant « l'origine du cancer à l'action du plomb » — une intuition de santé publique très en avance sur les débats du XXe siècle sur le saturnisme.

Né dans une prison de la Terreur

Brive, 1794 · Pierre Fortuné de Malliard

Cet aïeul de la matriarche Claude naquit dans la prison de Brive, où son père était incarcéré sous la Terreur. On lui donna le prénom de circonstance : Fortuné.

Décoré par Napoléon en personne

1815 · Fortuné Hayaux

Blessé à la Moskova puis à la Bérézina pendant la campagne de Russie, Étienne Guillaume « Fortuné » Hayaux reçut la croix de la Légion d'honneur des mains de l'Empereur lui-même.

Le vin des habitants de Rully

1623 · Guy de Montessus, seigneur peu commode

Une lettre du 13 décembre 1623 menace les habitants de Rully « de son ressentiment s'ils vendaient leur vin sans sa permission » ; les villageois se plaignirent aussi de devoir monter la garde du château « enfermés et à découvert » entre deux portes. La côte chalonnaise se souvient que le vignoble de Rully valait déjà qu'on se dispute son ban de vendange.

L'enveloppe brune jamais ouverte

La lettre confidentielle de Robert à André

Sur la table de nuit d'André reposait une enveloppe brune de son père, Robert le mathématicien, portant ces mots : « à n'ouvrir qu'en cas de nécessité ». Elle resta secrète jusqu'à la mort d'André en 1977 — et son contenu n'a jamais été révélé. On sait seulement ce que la famille attendait de lui : « André est celui qui paraît devoir continuer la lignée de ceux qui ont eu le culte de la Science : Commerson, Ferdinand, mon Père, vous-même » (lettre de 1934).

Un costume anglais… italien

Le grand patron au quotidien

À Londres avec son fils Pierre : « Papa avait très envie de s'acheter un costume anglais ; nous sommes allés chez Harrods, et sommes ressortis avec un costume… italien ! » Le même attendait toujours « le coup de sifflet du chef de gare pour finir sur le quai sa dernière cigarette » avant de monter le dernier dans le train — en digne patron des chemins de fer.

De la Bourse au XIXe à Kepler Cheuvreux

Les Hayaux du Tilly, agents de change

La famille de la matriarche tint une charge d'agent de change à Paris ; absorbée au fil des fusions, elle vit dans une lignée qui aboutit à l'actuel courtier Kepler Cheuvreux, via Crédit Agricole Indosuez Cheuvreux. Une histoire de la Bourse de Paris en une généalogie.

« Et moi aussi je ferai de l'anatomie ! » — René Cailliot, chassé du séminaire pour avoir lu Locke et Condillac, devenu dragon de la République puis médecin, décida de sa vocation en assistant à une leçon du grand chirurgien Desault. Le typhus faillit l'emporter ; il fut soigné par Élisabeth Guy… qu'il épousa.Livre de famille, page 83

Chronologie

Huit siècles d'histoire familiale, classés par période et par importance

événement fondateur — ceux qui ont fait la famille  ·  repère historique

Moyen Âge — les origines (1194-1494)
Renaissance et guerres de Religion (1564-1630)
Grand Siècle et Lumières (1706-1789)
Révolution, Empire et XIXe siècle (1815-1907)
Le XXe siècle (1915-1982)
Aujourd'hui (2006-2026)

Sources

Références consultées

Photographies : Wikimedia Commons — château de Rully (avec son vignoble) et château de Brandon à Saint-Pierre-de-Varennes (Wikimedia Commons, Félix Potuit, domaine public / Chabe01, CC BY-SA 4.0) ; château de Montessus par PHILDIC (domaine public) ; château de Ballore : carte postale ancienne (via Sdo216, CC BY-SA 4.0), restaurée et colorisée numériquement ; portraits de Fernand et Robert de Montessus de Ballore (domaine public) ; décorations : croix de chevalier de la Légion d'honneur (CC0, musée Jean Nohain), croix de Saint-Louis par Heurtelions (CC BY-SA 3.0), Croix de guerre 1914-1918 par Cinqcents (CC BY-SA 4.0), collier de la Toison d'or par Alexeinikolayevichromanov (CC BY-SA 4.0) ; carte mondiale des épicentres 1963-1998 : NASA (domaine public).